EDITIONS YVES MARMEYS

"LE  KEPI A L'ENVERS"

premier roman de Pierre LAURENT

 

désolé votre navigateur ne prend pas en charge java - retrouvez le roman "le képi à l'envers" le 5/4/2013 en librairie Une belle rencontre sentimentale, un amour qui s’éveille un soir d'automne dans les majestueuses allées du château de Fontainebleau, un malencontreux échange de képis et tout s’écroule pour Nicolas Louis, jeune officier de gendarmerie. Un héritage aussi mystérieux qu’inattendu va toutefois bouleverser le cours de sa vie.

EXTRAITS DU ROMAN A PARAITRE 

(5 avril 2013)

 

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  « Vous pouvez accepter la succession sous réserve d’inventaire» lança le notaire. Cela me paraissait en effet plus prudent. J’éprouvais toutefois un empressement fébrile à découvrir le château de ST MARTIN SUR DUZE. Maître BERTHIER me proposa une visite sur place ajoutant qu’il lui paraissait fort peu probable que M. DOIRON ait contracté quelques dettes susceptibles de grever son héritage. J’acceptai volontiers son offre impatient de découvrir ma future « gentilhommière »

-      « Voici les clefs du château – tout a été précisément inventorié à l’intérieur. Permettez-moi de ne pas vous accompagner; de toutes façons, vous trouverez facilement dans le village. Si vous avez quelque difficulté sur place, demandez M. CHANTELUZE. Il détient un double des clefs et assurait déjà du vivant de M. DOIRON quelques travaux d’entretien et le gardiennage de la propriété : c’est un homme de confiance que je connais depuis 20 ans.»

M. BERTHIER avait préparé à mon intention l’itinéraire permettant de rejoindre ST MARTIN SUR DUZE. Il me raccompagna jusqu’en bas de son étude.

-      «J’effectue les démarches pour l’inventaire, l’envoi en possession et bien sûr….les impôts…. Je vous rappelle dès que tout est prêt»

-      «Faites pour le mieux maître, je vais rêver un peu en attendant les dures réalités fiscales. »

Je remontai en voiture et repris la direction du vivarais. Le soleil de cet après-midi de juin, inondait les monts ardéchois de sa généreuse lumière. Je quittai bientôt la riche vallée du Rhône et ses vignes opulentes pour escalader les contreforts arides et escarpés du moyen plateau. Une belle route sinueuse inscrit son ruban noir dans les coteaux recouverts de maquis qu’un sol rocailleux tolère. Les rares pluies estivales désaltèrent chichement quelques maigres prés pentus où subsistent de modestes troupeaux de moutons ou de chèvres. Autrefois, un chemin de fer assurait la liaison entre le plateau et VALENCE. Ce « tram » comme l’appelaient les résidents locaux, vaniteux et fumant, avait abandonné l’ancienne voie aux charrettes, et tracé sa propre route dans une petite vallée parallèle qu’il gravissait hoquetant, tout heureux de se rafraîchir aux réservoirs d’eau qui la jalonnaient à son intention. Ces petits édifices circulaires caractéristiques qu’on prendrait volontiers pour des vestiges de tours, ont depuis été rendus à des usages moins humides, et donnent un air de noblesse à d’orgueilleuses constructions récentes qui viennent s’y adosser. Les deux routes se rejoignent au niveau du lieu-dit « le pin » qui a vu s’éveiller un nom illustre de la grande cuisine française dans une auberge désormais désaffectée. Implantée un ou deux km avant la fin de la montée, elle a dû désaltérer des générations de voyageurs ou paysans remontant des marchés de la vallée. Les premiers résineux apparaissent çà et là mais les quelques trois cents mètres que l’on gravit en une dizaine de kilomètres nous conduisent résolument à une altitude qui conditionne un autre paysage. Un plateau encore bien bosselé s’étale en prairies que les vaches disputent aux chèvres. Le moindre arpent de terrain plat est ainsi exploité en pâturages ou planté de maïs destiné à l’alimentation du bétail. Si le pays est moins accidenté, les routes cahoteuses poursuivent au gré des vallées leur parcours sinueux. Les chemins muletiers à forte déclivité assuraient jadis de courtes liaisons entre les villages. Ceux ci se trouvent désormais plus éloignés les uns des autres par les voies carrossables qui suivent à flanc de coteau le tracé des rivières. Conformément aux indications du plan de maître BERHIER, je quittai à regret la bonne route départementale pour en emprunter une autre, plus étroite, et surtout, moins confortable qui devait me conduire directement à ST MARTIN SUR DUZE. Après quelques années d’absence je redécouvrais à la faveur des dos d’âne, que le Vivarais, ça se mérite! Après avoir ondulé quelques kilomètres au travers de belles prairies relativement plates, la petite départementale s’enfonce dans une petite forêt de résineux serrés que ni la lumière ni la chaleur ne pénètrent totalement: un havre de fraîcheur dans cet après-midi torride.….A peine plus d’un kilomètre plus loin, châtaigniers traditionnels, chênes et autres essences feuillues à l’ombre plus paresseuse ont confisqué la campagne à leur profit. Finie la fraîcheur appréciable des sapins. Quelques pâturages épars éclaircissent de leur verdure déjà jaunissante l’Aubusson des cimes arrondies qui se dessinent sur l’horizon tout proche. D’ici, pas de perspective à perte de vue! tout au plus aperçoit-on quelques villages alentour. Le plus souvent on les découvre d’ailleurs au débouché d’un virage pour les perdre tout aussi rapidement dès la prochaine courbe. Au gré du relief, la route, opiniâtre, grimpe, tourne, s’enfonce, contourne, s’insinue, franchit, débouche et, épuisée, vous amène enfin à destination. Vous ne trouverez pas ici de cliché idéal d’un village. Chaque vue est unique, fugace, et doit être saisie dans l’instant de son éclairage, de l’humeur du ciel et ce celle du voyageur que le paysage tourmenté contamine. L’habitat dispersé s’est implanté au fil de l’histoire sur les rares terres généreuses que la nature ingrate a distribuées ici avec plus de parcimonie qu’ailleurs. Les agglomérations sont donc modestes. Songeant à mon « château », je me demandais au fil de mon parcours quel hobereau fourvoyé avait pu installer ici sa demeure, tant l’idée même d’abondance paraît étrangère à cette terre. Je pus constater par la suite que quelques seigneurs s’étaient pourtant établis dans la région sous la suzeraineté des barons de Crussol. Une fois la route principale abandonnée, je ne rencontrai guère de monde sur mon trajet. Je me remémorais peu à peu les quelques lieux-dits traversés où j’avais fait mes premières armes. Certains me parlaient plus particulièrement parce que j’y avais constaté, ici un vol, là, un suicide une dizaine d’années auparavant. Les réminiscences « gendarmiques » sont rarement gaies et, à engagement équivalent, on se surprend à envier le sacerdoce des curés de campagne qui ont au moins l’avantage de varier l’intensité émotionnelle des souvenirs par la succession des baptêmes mariages et décès….. Je parvins donc vers 16H30 à ST MARTIN SUR DUZE, petit village de quelques centaines d’âmes, surplombant la rivière dont le nom a été accolé à celui de son saint patron. Je ne constaterai d’ailleurs cette caractéristique géophysique que bien plus tard à la faveur de promenades à pieds sur les sentiers: en effet la Duze coule au fond d’une gorge profonde aux rives boisées qui la dissimulent aux vues depuis le bourg: les fameuses courtes perspectives que j’ai déjà évoquées…… Ici tout est pente! Hormis les quelques ares de la place publique gagnées à la verticalité par la construction d’un mur de soutènement d’un bel appareil en pierres du pays, aucune maison n’est au niveau de la construction voisine.

 

 

 

 

Le soir commençait à tomber et M. CHANTELUZE nous avait quittés depuis un bon moment pour s'affairer mystérieusement dans la cuisine. Tout à coup, le sifflet d'une cocotte-minute commença à faire entendre son « tchou tchou » et les effluves parfumés d'une bonne soupe de légume parvenaient jusqu'à nos narines, couvrant les odeurs acres qui s'échappaient des braises de la cheminée. Sans rien dire, Raymond était parti nous concocter le repas du soir : la soupe au choux était en, effet sa spécialité, cette soupe du rude paysan, ingurgitée dès le matin qui devait tenir au ventre et donner des forces pour la journée. Un morceau de saindoux, des choux, des pommes de terre, du sel du poivre de l'eau et un morceau de lard ou une saucisse pour donner le goût de viande. Ce met simple et gras (je taquinais mon père lui disant que, froide, sa soupe tiendrait volontiers encore dans la casserole si on la retournait) vous donnait l'illusion de manger une viande dans laquelle la modestie de votre condition ne vous permettait pas de mordre. Je constatai ici également que la soupe était affaire d'homme à l'instar du foujou dont il a déjà été question. Raymond emboîta le pas aux senteurs dont il était à l'origine et nous rejoignit à la salle à manger.

-      « Voilà une odeur bien ardéchoise » dis-je

-      « Ah vous reconnaissez » répondit M. CHANTELUZE plutôt flatté

-      « Et comment! Voilà des soupes qui tiennent au ventre au moins »

-      « J'ai pensé qu'avec votre expédition de tout à l'heure, une bonne soupe vous ferait du bien. »

-      « Vous allez pas encore me faire jouer les pique-assiette quand même » feignis-je de m'indigner.

-      « D'après ce que j'ai compris, il va bien falloir que vous vous habituiez à ma soupe, non? Alors autant commencer tout de suite. »

-      « Vu sous cet angle.... » lançai-je résigné.....

-      « La soupe à papy, mamie dit que quand elle est froide la cuillère tient tout droite dedans »  se moqua la petite voix de Caroline...... J'avais déjà entendu ça, tout au moins quelque chose d'approchant, quelque part...bon sang ne saurait mentir.....

Le dîner fût émaillé de quelques compliments mérités sur la soupe de « papy » et se clôtura par une dégustation de l'Epoisse que j'avais ramené : cette initiative était risquée à proximité de l'heure du coucher qui, favorisant le rapprochement des corps, fait de même pour les haleines. Sachant Anne courageuse, je donnai l'exemple malgré les fou-rires contagieux de Caroline que l'on avait envoyée chercher l'odorant fromage au cellier. Assez fière des rires qu'elle avait déclenchés en narrant chez Léontine, la manière dont elle avait dû le descendre à la cave, elle força le trait sur le trajet retour : nous étions tous hilares lorsqu'elle parut sur le seuil de la salle à manger se pinçant le nez et tenant le fromage suspendu au bout de sa main tendue.

 

 

 

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